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La cathédrale de Lille

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"le curé d'Ars, un message pour notre temps"

Conférence sur le saint curé d’Ars - Lille - mardi 9 mars 2010du Père Pierre Blanc du diocèse de Belley-Ars«  Le curé d’Ars, un message pour notre temps » 
Introduction

Chers amis, c'est un parcours en compagnie du curé d'Ars ce que nous allons vivre. Je dis « un parcours » parce que ce qui importe n'est pas que vous et moi devenions des spécialistes du saint curé, mais plutôt qu’ensemble, je l'espère, nous fassions un bout de chemin avec lui et qu'en repartant d'ici vous puissiez avoir le cœur touché, c'est-à-dire la joie d'avoir quelque peu découvert comment ce prêtre peut aujourd'hui encore nous aider à mieux aimer Dieu, à mieux aimer l'Eglise, c'est-à-dire le peuple de Dieu que nous sommes vous et moi, et à mieux nous aimer nous-mêmes.Si le pape Benoît XVI a décidé de proclamer saint Jean-Marie Vianney patron de tous les prêtres du monde, c'est que le saint curé d'Ars a quelque chose à nous dire pour au-jourd'hui, à nous les prêtres et aussi à vous, qui êtes et les enfants bien-aimés de Dieu.C'est justement par cette parole de la première lettre de saint Jean que je veux commencer cette rencontre. « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu » (1 Jn 3,2).Cette parole, je la mets en ouverture de notre rencontre, parce qu’elle est pour moi comme la clé de voûte de toute la vie du saint curé d'Ars, elle résume toute sa vie. Tout son ministère de prêtre a été de faire découvrir à tous, ses paroissiens d'abord puis tous les pèlerins qui allaient le rencontrer à Ars, leur faire découvrir à tous et toutes qu'ils sont bien-aimés de Dieu, enfants bien-aimés de Dieu. Le curé d'Ars est un homme et un prêtre qui a passionnément aimé les gens, parce qu'il a passionnément aimé Dieu, le bon Dieu comme il disait, le Seigneur Jésus. Cette parole de Saint-Jean, dans sa première lettre, est à mon avis une lumière pour comprendre le saint curé, comprendre sa vie et son ministère de l'intérieur, avec le cœur. « Bien-aimés, dès maintenant nous sommes enfants de Dieu ».Alors c'est vrai qu'une telle parole peut faire contraste avec les images que nous avons du curé d'Ars. On a parfois caricaturé à l’excès certaines scènes de la vie du saint curé et finalement c'est ce que la mémoire collective a retenu. Par exemple : le curé d'Ars ne mangeait que des pommes de terre pourries, ou encore : le curé d'Ars se donnait la discipline, il faisait tout le temps pénitence. Ou alors on évoque son lit brûlé : c'est le diable qui a mis le feu à son lit. Finalement, on garde l'extérieur, quelques images pas très ajustées  à la réalité, et on dit : le curé d'Ars, c'est ça !Eh bien non, le curé d'Ars ce n'est pas ça. Ça, c'est la caricature, la réalité est bien plus belle. La réalité c'est l'amour, la réalité c'est que le saint curé d'Ars est un homme dont le cœur a toute sa vie brûlé d'amour. Alors c'est vrai, il a vécu dans un contexte précis à une époque qui n'est pas la nôtre aujourd'hui, et cela marque quelqu'un. C'est évident. Mais justement, la sainteté, c'est d'aimer, aimer passionnément, non pas dans la rêverie ou les nuages comme on dit, mais dans le concret, dans le quotidien de la vie. Là est la vraie sainteté, là est l'incarnation.Alors chers amis après ces premiers pas pour nous introduire en compagnie de Saint Jean-Marie Vianney, je vous propose de poursuivre notre parcours en resituant le curé d'Ars dans son contexte historique.De même que pour l'introduction j'ai pris une parole de l'Ecriture comme fil conducteur, de même dans ce premier des deux enseignements, je prends une autre parole de l'Ecriture, la parole de Jésus dans l'Évangile de saint Jean : « Ce n'est pas vous qui m'avait choisi, mais c'est moi qui vous est choisi » (Jn 15,16).Pourquoi cette parole ? Parce que la vocation, l'appel de Dieu se situe toujours dans un contexte historique et familial qui est propre à chacun et qui marque toute une vie. 

 
Contexte historique

Alors resituons le curé d'Ars dans son histoire, et d'abord dans son enfance.Jean-Marie Vianney est né à Dardilly, un village à une dizaine de kilomètres au nord de Lyon. Il est le quatrième d'une famille de six enfants. Surtout, il faut savoir qu'il va naître trois ans avant la révolution française, le 8 mai 1786.La ferme où vivent ses parents, Matthieu et Marie Vianney, est une ferme assez grande pour l'époque, une douzaine d'hectares faits d’un peu de vignes et de bois et surtout des prés pour les quelques vaches et moutons que possède la famille.Quelques mots sur les parents : Matthieu, le papa, est un bon paysan, travailleur, qui prie et surtout qui accueille les plus pauvres. Il n'était pas rare que la table familiale s'ouvre aux indigents de passage, parfois plusieurs à la fois, avant de leur donner un coin de grange avec du foin pour passer la nuit. La maison Vianney était connue pour cela. Jean-Marie sera très marqué par cet accueil des pauvres, pratiqué à la maison par ses parents. Il dira que c'était souvent son père qui servait la soupe aux pauvres, et s'il en manquait, c’était le père Vianney qui s'en privait.La maman, originaire d'Ecully, un village voisin de Dardilly, est une éducatrice née. Elle sait voir en chacun de ses enfants les qualités à développer. C'est elle aussi qui se charge de l'éducation religieuse de ses enfants. Elle a bien remarqué chez son petit Jean-Marie une dévotion particulière pour la Vierge et « le bon Dieu » comme on disait à l'époque. Une anecdote : un jour Marie Vianney cherche son petit Jean-Marie, qui n'a que trois ans. Ne le trouvant pas, elle craint qu'il ne soit tombé dans la mare proche de la ferme. Elle finit par le trouver à l'écurie, caché entre deux vaches. Il est à genoux, en prière, une petite statue de la Vierge dans les mains. Il dira plus tard : « La Sainte Vierge, je l'ai aimé avant de la connaître. C'est ma plus vieille affection. » Et à propos de sa mère il dira : « Après Dieu, je dois tout à ma mère. Il était si sage. La vertu passe du cœur des mamans dans le cœur des enfants. »Venons-en au contexte historique.Lorsqu'éclate la révolution française, Jean-Marie Vianney a trois ans. Il sera témoin des bouleversements qui vont suivre. D'abord l'église du village, qui n'est qu'à une centaine de mètres de la ferme des Vianney. Jean-Marie allait tous les jours à la messe avec sa maman, et voilà que du jour au lendemain l'église est fermée. Et lorsque l'église rouvrira ses portes, la famille Vianney n'y retournera pas. Pourquoi ? Parce que l'Assemblée Constituante a décidé en 1790 la réforme de l'Eglise.Évêques et prêtres seront élus. On demande aux prêtres de signer la constitution civile du clergé. Pour faire court, ce n'est plus le pape qui désigne les évêques, c'est l'État. Le clergé de France va alors se scinder en deux : une moitié va signer la constitution, l'autre moitié refuse et bascule dans la clandestinité. En septembre 1792, c'est ce qu'on appelle "la Terreur". Les événements prennent une tournure très anticléricale. Beaucoup d'églises sont fermées, les ordres religieux sont supprimés, les vœux religieux sont interdits. Une des conséquences, c'est la disparition des écoles, car beaucoup étaient tenus par des religieux. C'est pour cela que Jean-Marie Vianney n'apprendra à lire et à écrire que bien plus tard, vers l'âge de 17 ans.À Dardilly, la famille Vianney sous la houlette de la maman fait le choix de rester fidèle au pape. Elle n'ira plus à la messe du village, car le curé a signé la constitution civile du clergé. Commence alors partout en France une période de clandestinité pour tous les prêtres restés fidèles à Rome. Les prêtres clandestins passent dans les maisons, au risque de leur vie. C'est dans ce contexte que l'un d'eux est de passage chez les Vianney. Nous sommes en 1797. Il demande à Jean-Marie, qui a 11 ans : « Depuis combien de temps ne t’es tu pas confessé ? – Mais, monsieur le curé, je ne me suis jamais confessé ! – Eh bien tu va le faire tout de suite. » Il se souviendra d'avoir reçu pour la première fois le pardon de Dieu près de la vieille horloge de la cuisine de la main d'un prêtre qui risquait sa vie pour Dieu et pour lui, pour donner le sacrement du pardon.Cette première confession va le marquer. Il devra attendre deux ans avant de pouvoir se confesser à nouveau et recevoir la première communion. Ça se passera cette fois à Écully, où Mme Vianney a envoyé son petit Jean-Marie et sa sœur Margot chez leur tante pour se préparer avec d'autres jeunes à la première communion, toujours dans la clandestinité. La messe se passe dans une maison, les volets sont clos. Dehors, on décharge une charrette de foin pour détourner l'attention de quelques dénonciateurs ou de la maréchaussée.Là encore, c'est par un prêtre qui a risqué sa vie que Jean-Marie reçoit l'eucharistie pour la première fois. Sa sœur Margot dira plus tard, en racontant cet événement : « On ne pouvait plus le faire sortir de cette pièce où il avait reçu le bon Dieu pour la première fois ! »En 1801, Napoléon qui a pris le pouvoir établit le concordat. Le climat s'apaise peu à peu. Jean-Marie Vianney, a déjà dit plusieurs fois ses parents qu’il veut devenir prêtre. Le papa refuse d'abord, parce qu’il a besoin de lui pour aider à la ferme, puis finira par accepter, grâce à l'influence de la maman.Jean-Marie part à Écully où vient d'être nommé un prêtre extraordinaire qui fut un prêtre clandestin : l'abbé Balley. C'est un ancien religieux, maître des novices chez les Génovéfains, à Lyon.Pourquoi Jean-Marie Vianney va-t-il à Écully et pas directement au séminaire ? Parce que le cardinal de Lyon a demandé aux curés de prendre chez eux des jeunes qui veulent être prêtres pour les préparer, leur apprendre un peu de français et de latin, et les envoyer ensuite au grand séminaire. Survient la guerre d'Espagne. Jean-Marie est tiré au sort, il doit partir sous les drapeaux. Nous sommes en 1809. Mais les circonstances font qu'il ne rejoint par son régiment. Que s'est-il passé ? Tout simplement, il est tombé malade sur le chemin du départ. Il est soigné à l’infirmerie militaire ; pendant ce temps son corps d’armée quitte le camp pour l’Espagne. Au moment de rejoindre son corps d'armée, il est encouragé à déserter par un conscrit qui le guide vers le village des Noés, dans les monts du Forez (dans la région de Saint-Étienne).C'est alors qu'une grande épreuve survient pour la famille Vianney. Jean-Marie étant considéré comme déserteur, c'est son frère qui doit partir à sa place. Celui-ci ne reviendra jamais à Dardilly, la famille n'aura plus jamais de nouvelles de lui. Le futur curé d'Ars portera toute sa vie cette blessure de la disparition de son frère, sans pour autant regretter d’avoir déserté.Lorsque Jean-Marie peut rentrer au pays, il retourne auprès de l’abbé Balley à Écully puis il entre au séminaire Saint Irénée à Lyon. Mais il y reste peu de temps. Les cours sont en latin, et à l'examen les questions sont aussi en latin, résultat : la plus mauvaise note !Finalement, on le renvoie à Écully. C'est à ce moment que l’abbé Balley prend en main la formation de Jean-Marie en vue d'être prêtre. C'est là, auprès de son maître spirituel, que le futur curé d'Ars va apprendre les bases de ce qu'il vivra plus tard : une pastorale proche des gens, des pauvres en particulier, faire le catéchisme, visiter les malades, avoir de belles célébrations.Le vicaire général de Lyon sait qu'il ne peut pas accepter Jean-Marie Vianney au séminaire. Cependant, sur l'insistance de l'abbé Balley, il accepte que Jean-Marie soit interrogé en français, à la cure d'Écully. Le supérieur du séminaire dira après l'examen en vue de l'ordination : « M. Vianney en connaît autant et même plus que la plupart de nos curés de campagne ».Il faut dire ici quelques mots au sujet de l'ignorance de curé d'Ars. Lui-même s’est toujours considéré comme ignorant, comme incompétent dans son ministère. Mais la vérité est toute autre. Certes, apprendre à lire et écrire à 17 ans ne facilite pas une démarche intellectuelle, surtout lorsque la formation est donnée en latin. Mais Jean-Marie Vianney est un homme qui a beaucoup de finesse dans son discernement et dans la pertinence de ses réponses aux nombreuses questions qui lui seront posées tout au long de son ministère. Nous avons trace de cela dans le procès de canonisation grâce aux témoi-gnages qui y sont consignés. Sans oublier que l'Esprit-Saint a aussi été à l'œuvre dans le cœur et la vie de saint curé d'Ars !Pendant tout son ministère, il n'a jamais cessé de se former en achetant et lisant des livres de spiritualité et de théologie.Tous les jours pendant son repas il lisait quelques pages, comme en témoignent les miettes de pain ou les taches de lait qui marquent certaines pages de ses livres. Il faut savoir aussi que la bibliothèque du curé d'Ars était de loin l'une des plus fournie pour l'époque. C'est sans doute sa conscience excessive d'être ignorant qui l’a poussé à lire toute sa vie, en particulier la vie des saints et la théologie de l'Eglise.Revenons à l'histoire. Jean-Marie Vianney est ordonné prêtre en 1815, le 13 août. Après l’ordination, l'abbé Vianney est nommé à Écully, comme vicaire de l'abbé Balley, jusqu'à la mort de ce dernier, deux ans après.Le 11 février 1818, le vicaire général lui annonce sa nomination : ce sera Ars, un petit village en Dombes, dans l'actuel département de l'Ain. Il lui dit : « Il n'y a pas beaucoup d'amour du bon Dieu dans cette paroisse, vous en mettrez ! »De fait, le 13 février 1818, le jeune abbé Vianney traverse la Saône et arrive à proximité d’Ars, un tout petit village qui ne compte que 40 maisons et 230 habitants. Cherchant son chemin, il rencontre un jeune berger du nom d'Antoine Givre qui lui montre où est le village. Et l’abbé Vianney de répondre : « Tu m'as montré le chemin d'Ars, je te montrerai le chemin du ciel ! » On peut dire que dès le premier paroissien rancontré, Jean-Marie Vianney a mis en pratique la demande du vicaire général : ouvrir les cœurs à l'amour de Dieu.Jean-Marie Vianney restera 41 ans dans son village, c'est-à-dire jusqu'à sa mort le 4 août 1859. D'abord paroisse du diocèse de Lyon, Ars devient paroisse du diocèse de Belley en 1823, date de la fondation de l'actuel diocèse par Mgr Devie.Le curé d'Ars va s'employer à mettre en pratique la parole reçue lors de sa nomination : mettre l'amour de Dieu dans le cœur des habitants d'Ars... et de tous les pèlerins qui bientôt afflueront dans le petit village pour se confesser auprès de ce curé « pas comme les autres » comme le diront très vite ses paroissiens.Arrivé à Ars avec une formation janséniste reçue de l'abbé Balley, le cœur de Jean-Marie Vianney va petit à petit se transformer. Devant le Saint-Sacrement, il va rapidement se laisser porter par sa propre vie spirituelle et se laisser saisir par l'amour et la miséricorde du Seigneur envers lui et envers tous ses paroissiens. Bien vite il laisse les sermons laborieu-sement préparés à partir des sermonnaires de l'époque pour laisser parler son cœur et dire la foi de l'Eglise avec ses mots bien à lui, des images parlantes pour un peuple qui se laisse à son tour toucher par l’amour et la miséricorde de Dieu.Je voudrais conclure cette partie historique en évoquant à grands traits le ministère de curé de paroisse que fut celui de Jean-Marie Vianney.Il fut dès le début un homme d'entreprise : tous les travaux qu'il réalise sont fait dans le sens de l'annonce et de la mise en pratique de l'Évangile : que ce soit la restauration du clocher de l'église, la construction de chapelles au fil des années, l'achat en 1824 avec ses propres deniers de la maison qui portera le nom de « Providen-ce » pour en faire une école gratuite pour les filles, ou encore l'achat d'ornements liturgiques pour dire la beauté de Dieu.Dans son ministère le curé d'Ars saura toujours mettre en avant la primauté de Dieu dans la vie humaine. Une de ses nombreuses intuitions sera de faire installer une statue de la Vierge Marie dans l'église du village et de consacrer sa paroisse et ses paroissiens à « Marie conçue sans péché ». Or nous sommes en 1836, c'est-à-dire 18 ans avant la promulgation du dogme de l'Immaculée Conception par l'Eglise catholique !Une originalité d'Ars, c’est que le pèlerinage à commencé du vivant de Jean-Marie Vianney. Déjà avant 1830 de nombreuses personnes venaient se confesser au curé d'Ars, ou lui demander conseil comme en témoignent encore aujourd'hui des familles de la région qui ont dans leurs ancêtres quelqu'un qui était allé à Ars se confesser ou consulter le « bon curé ».En 1858, l'année avant la mort de Jean-Marie Vianney, on a compté plus de 100 000 pèlerins. Plus les années avancent, plus l’essentiel des journées du curé d'Ars se passe à l'église, principalement pour les confessions, mais aussi la prière, l'eucharis-tie et la catéchèse quotidienne des enfants et des adultes. Mais malgré l'affluence des pèlerins, il n’abandonne pas ses parois-siens, ils auront toujours la priorité.La charge devenant de plus en plus lourde, il accepte un auxiliaire. Puis viendront une équipe de missionnaires ainsi que des frères de la Sainte-Famille de Belley.Épuisé (il faut savoir que le curé d'Ars ne dormait que deux à trois heures par nuit et mangeait assez peu), il meurt le quatre août 1859 à 2 heures du matin. Je dois plutôt dire que Jean-Marie Vianney entre dans la gloire de Dieu le 4 août 1859 à 2 heures du matin. Il a 73 ans.Il est béatifié le 8 janvier 1905 puis canonisé le 31 mai 1925. Pour l'Eglise, il devient alors Saint Jean-Marie Vianney, mais pour les foules il est d'abord et il restera « le Saint curé d'Ars ».Quatre ans plus tard, en 1929, il est déclaré patron de tous les curés de l'univers, et en cette année 2010 il sera déclaré patron de tous les prêtres du monde par le pape Benoît XVI.

 
Quelques pas avec le curé d’Ars

Je vous propose maintenant quelques réflexions et méditations sur des éléments fondamentaux de la vie chrétienne, à partir de la vie et des paroles du saint curé d'Ars qui renvoient à la fraîcheur des évangiles, au témoignage de la foi en la résurrection de Notre Seigneur.Permettez-moi d’ouvrir ce chapitre par une autre parole de St Jean : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous » (Jn 14,18).Pour moi cette parole de Jésus illustre la mission du curé d'Ars envers ses paroissiens et au-delà. Le prêtre est un « pont » entre Dieu et les hommes. Sa mission est de rendre présent le Christ au milieu de nous, en révélant sa présence par l'annonce de la Parole et la célébration des sacrements. Sa mission est aussi de relier les hommes à Dieu, les conduire et les accompagner dans leur chemin de vie et de foi, autrement dit les faire grandir en sainteté évangélique, à la fois dans l'amour de Dieu et l'amour fraternel.« Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous ». Par saint Jean-Marie Vianney, le Seigneur est passé parmi nous... et aujourd'hui encore le Seigneur passe. Le curé d’Ars n'est pas un saint du passé ou un saint dépassé ! Sa sainteté met au contraire en lumière les fondements de toute vie chrétienne, en particulier de toute vie de prêtre.Je vais développer cela en 4 temps :1- Jean-Marie Vianney, homme de prière2- Jean-Marie Vianney, homme de l’Eucha-ristie et du pardon
Vénération de la relique du cœur
3- Jean-Marie Vianney, homme social4- la place et la dignité des laïcs, en particu-lier des femmes.
Adoration eucharistique

 
1-  Homme de prière

Je dirais que c'est le fondement, pour le prêtre comme pour le laïc. Comment bien parler de quelqu'un si on ne prend pas du temps avec lui, avec elle ? Comment des époux par exemple pourraient-il nourrir leur amour s’ils ne prenaient pas de temps ensemble ? Et comment un époux pourrait-il parler avec joie et enthousiasme de sa bien-aimée s'il ne la contemplait pas à l'œuvre comme épouse et comme maman par exemple.Vous comprenez peut-être qu'à travers cette comparaison, c'est de la Parole de Dieu que je veux parler. Une Parole qui réveille et révèle en nous l'amour du Seigneur. C'est dans la Parole que se nourrit notre amour de Dieu. Bien sûr c'est aussi dans l'Eucharistie. Quand je mets l'accent sur la Parole, ce n'est pas pour exclure les autres réalités que le Seigneur nous donne de vivre pour nous nourrir de son Amour. Mais c'est d'abord par la Parole que le Seigneur nous dit qu’il nous aime et aussi qu'il nous appelle à l'aimer, l’aimer par tout notre être, notre cœur et nos actes.Je vous cite le curé d'Ars : « aimer Dieu, oh que c'est beau ! L'homme est créé par amour, c'est pourquoi il est si porté à aimer. Aimer Dieu de tout son cœur, c'est n'aimer que lui, c'est le rendre présent dans tout ce que nous vivons. On ne peut pas aimer Dieu sans le lui témoigner par nos œuvres. »Ces paroles sont d'une grande profondeur. Elles sont à l'inverse d'un petit cocon affectueux : Dieu et moi, c'est tout. Non ! Le signe que l'on aime, dit-il, ce sont nos engagements, nos œuvres. L'amour nous pousse vers l'autre. Mais cet engagement missionnaire, évangélisateur dirait-on aujourd'hui, il a une source, qu'il ne faut jamais prendre pour un acquis. Cette source, c'est l'amour de Dieu : amour de Dieu pour chacun de nous, et notre amour que nous lui exprimons en retour. « L'homme est créé par amour » dit le curé d'Ars. Toute la Parole de Dieu nous révèle cela, à commencer par les premières pages de la Bible avec le récit de la création de l'homme et de la femme, jusqu'à la très belle lettre de saint Jean où se trouve en toutes lettres cette parole : « Dieu est Amour » !Jean-Marie Vianney est un amoureux de Dieu et de sa Parole. Cela le pousse à nous livrer ce qui le fait vivre au plus profond de lui-même. Il nous dit, à sa manière, que Dieu aime l'humanité, et que l'humanité est faite pour aimer Dieu. Là est son vrai bonheur.« Aimer Dieu de tout son cœur, dit-il encore, c'est être prêt à perdre notre vie plutôt que de l'offenser ; c'est n’aimer rien qui partage notre cœur. »Autrement dit, c'est reconnaître l'autre comme premier dans notre vie, c'est désirer sa joie, désirer son vrai bonheur. L'amour est au-delà de la sensibilité, il est engagement, il est don total de soi à l'autre, il est accueil du don total de l'autre vers soi. L'amour premier, c'est l'amour du cœur qui passe par la relation, la connaissance de l'autre, l'écoute de sa parole, la découverte de sa beauté intérieure. C'est seulement après la rencontre et la communion par la parole que la rencontre et la communion par le corps pourront se vivre, signe d'alliance totale et définitive.C'est ce que nous vivons dans le rassem-blement eucharistique : nous communions d'abord à la Parole du Seigneur avant de communier à son Corps. Dieu est Amour, totalement Amour. Il ne nous aime pas d'un simple amour de courtoisie, mais d'un amour qui le prend aux entrailles et lui fait dire cette parole qui nous est donnée dans le psaume 2 : « Tu es mon enfant bien-aimé ! » (Ps 2,7).Le saint curé d'Ars, à la suite et à l’exemple de son Dieu et Seigneur, est passionné de l'homme, et s'il a le péché en horreur c'est qu'il sait combien le péché défigure le cœur et la vie de l'être humain. Le péché, c'est le refus d'entrer dans la logique de l'Amour, il est refus de Dieu.Face à cela, Jean-Marie Vianney nous dit cette parole pleine de bon sens et de vérité : « l'homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu. » Car si l'homme veut vivre dans le sens de l'Amour, vers qui d'autre que Dieu et sa Parole peut-il se tourner pour apprendre à aimer et vivre en vérité ?L'amour de Dieu, pour saint Jean-Marie Vianney, n'est pas synonyme d'intimisme fusionnel. À l'exemple de son Seigneur et en puisant dans la méditation des Évangiles, le curé d'Ars va vivre l'amour de Dieu dans l'ouverture à l'autre. Sa propre vie de curé en témoigne. Il disait : « On ne peut pas aimer Dieu sans le lui témoigner par nos œuvres. » Très concrètement, que ce soit dans les catéchismes aux enfants et aux adultes, les célébrations de la messe où les confessions, l'aide aux prêtres du voisinage ou encore dans la visite aux paroissiens, aux malades ou l'accueil des gens de passage, le curé d'Ars transpire l'Amour de Dieu.De même que Jésus ne vient pas pour condamner mais pour sauver les pécheurs, ainsi Jean-Marie Vianney transmet-il à tous ce qu’il reçoit de Dieu, dans la prière, la méditation de la Parole et la « formation continue » qu'il a pratiqué toute sa vie. Il transmet l'amour miséricordieux du Seigneur pour tout homme pécheur. Parfois c’est vrai, il se trouve découragé face à l'ampleur du ministère et de sa charge de curé, ou bien devant les critiques qu’il lui arrive de recevoir. Mais très vite il se reprend, en s'en remettant totalement à son Seigneur, pour prêcher à temps et contretemps le pardon de Dieu. « La miséricorde du Seigneur, dit-il, est comme un torrent débordé qui entraîne tout sur son passage. »Oui, le souci de la vie des hommes, chez le curé d'Ars, prend sa source dans sa contemplation de Dieu et sa compréhension que tout être humain, sans exception, est aimé de Dieu et qu'il est capable d'entrer en communion avec ce Dieu-Amour.Où trouver le vrai bonheur ? À cette question, que beaucoup de nos contemporains posent aujourd'hui, Jean-Marie Vianney répond sans hésiter : « le seul bonheur que nous ayons sur la terre c’est d'aimer Dieu et de savoir que Dieu nous aime. » Nous sommes créés pour être aimés et pour aimer, parce que nous sommes créés par Celui qui est Trinité d'Amour : notre vie, c'est Dieu !Pour conclure cette première partie sur « Jean-Marie Vianney homme de prière », je vous partage quelques unes de ses paroles sur la prière : « la prière dégage notre âme de la matière. Elle s'élève comme le feu qui gonfle les ballons. Plus on prie, plus on aime prier. C'est comme un poisson qui nage à la surface de l'eau, qui plonge ensuite et qui va toujours plus avant. Le temps ne dure pas dans la prière. La prière n'est pas autre chose qu'une union à Dieu. Dieu et l'âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble, on ne peut les séparer. C'est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa petite créature. C'est un bonheur qu'on ne peut comprendre. »Et à quelqu'un qui lui disait : « je ne sais pas prier, comment faire ? » Il répondait : « ça ne fait rien, on n'a pas besoin de tant parler pour prier. On sait que le bon Dieu est là, on lui ouvre son cœur, on se complaît en sa présence, c'est la meilleure des prières, celle-là. »

 
2-  Je voudrais avec vous, dans ce 2ème temps, évoquer l'Eucharistie et le Pardon.

On pourrait dire que le curé d’Ars est l’homme de l’Eucharistie et l’homme de la réconciliation. C’est pour cela qu’il est connu dans le monde. Mais pour le curé d’Ars, comme pour toute l’Eglise d’ailleurs, ces deux sacrements ont des répercussions sociales que je développerai dans le 3ème temps : nous ne pouvons pas communier et adorer Jésus présent dans l'Eucharistie sans que cela se répercute dans notre vie quotidienne, dans notre amour envers nos frères. Saint Jean dans sa première lettre le dit clairement : « celui qui aime Dieu, qu'il ne voit pas, et qui n'aime pas son frère qu'il voit, est un menteur » (1 Jn 4,20).C'est dans l'Eucharistie reçue et adorée que nous puisons la force d'aimer. C'est là que nous recevons l'amour pour le donner.Ecoutons ce que saint Jean-Marie Vianney nous dit sur l’Eucharistie : « Après la consécration, le Bon Dieu est là comme dans le ciel. Que c'est beau ! Si l'homme connaissait bien ce mystère, il mourait d'amour. Lorsque Dieu voulut donner une nourriture à notre âme pour la soutenir pendant sa vie, il promena ses regards sur la création et ne trouva rien qui fut digne d'elle. Alors il se replia sur lui-même et résolu de se donner. O âme ! Que tu es grande puisqu'il n'y a que Dieu qui puisse te contenter ! La nourriture de l'âme, c'est le Corps est le Sang d'un Dieu. Oh, belle nourriture ! Il y a de quoi, si l'on y pensait, se perdre pour l'éternité dans cet abîme d'amour ! »L'Eucharistie, pour le curé d'Ars, c'est d'abord l'expérience de la rencontre. Rencontre avec Celui qui à donné sa vie en nourriture pour la multitude, Celui qui à donné sa vie pour que les hommes aient la vie en plénitude.L'Église a toujours reconnu dans ce pain et ce vin offerts à la table eucharistique le signe de la présence réelle du Christ vivant. Pour Jean-Marie Vianney, cette foi en la présence réelle est vraiment une expérience de l'alliance de Dieu avec l'homme. Il nous dit : « Que la pensée de la sainte Présence de Dieu est douce et consolante. Si nous avions la foi, nous verrions Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement ! » Oui, dans l'Eucharistie, Dieu s'est donné à l'homme, définitivement.Comme baptisés, nous sommes les premiers bénéficiaires de cette alliance d'amour. Mais comprenons-nous toujours ce don de Dieu ? « Nous avons trop de bonheur. Nous ne le comprendrons qu'au ciel, que c'est dommage ! », dit le saint curé. En effet, chaque fois que nous recevons l'Eucharistie, nous entrons dans la plus grande communion qu'il nous soit possible de vivre avec le Seigneur, sur cette terre. Ce n'est pas l'homme qui a inventé l'Eucharistie pour s'unir à Dieu, c'est Dieu lui-même qui la lui a donnée ! Et c'est Dieu qui invite l'homme à se nourrir de Dieu. « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime », dit Jésus (cf. Jn 15,13), et le plus grand cadeau qu'il nous fait, lui, Dieu, c'est lui-même. Dans la communion c'est Dieu lui-même qui vient demeurer en nous.Cette réalité est tellement ancrée dans le cœur et la foi de Jean-Marie Vianney que souvent il disait en montrant le tabernacle : « il est là... Il est là ! » Très souvent, dans les prédications ou les catéchismes, il revenait sur l'Eucharistie, sur la présence de Dieu au milieu de son peuple. Sa prédication tournait le cœur des gens vers la présence du Seigneur : « il est là dans le sacrement de son Amour », disait-il.Cette conviction l’a poussé, bien avant que l'Église ne le demande, à inviter ses paroissiens à la communion fréquente.« Je suis le Pain de Vie, dit Jésus. Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang vit en moi et moi je vis en lui » (Jn 6,35.53.56).Lorsque nous célébrons l'eucharistie, nous ne vivons pas une relation uniquement duelle avec le Seigneur : lui et moi, moi et lui. La messe est à la fois ce mouvement où l'homme s'offre à Dieu et intercède pour ses frères, et aussi ce mouvement où Dieu se donne en nourriture à l'homme pour qu’il diffuse cette vie divine autour de lui. Nous avons la chance, dans la célébration eucharistique, de vivre une proximité avec le Seigneur. Raison de plus pour porter dans notre prière ceux qui ne sont pas là. Car la célébration est une démarche missionnaire où chacun de nous porte le souci de ses frères en humanité. Pour signifier la grandeur de ce sacrement, Jean-Marie Vianney veillait à la qualité des célébrations : messes, processions… Il savait qu'une liturgie peut convertir celui qui y participe. Mais qualité ne veut pas dire spectacle. Pour lui, la qualité des célébra-tions trouve sa source dans la vie intérieure de celui qui célèbre, en l’occurrence le prêtre. C'est pourquoi il se préparait à la célébration de la messe par un long temps de prière. Rien ni personne ne pouvait empêcher ce temps-là. Il en est de même pour les participants : une assemblée est signe de la présence du Christ dans la mesure où elle adhère intérieurement à ce qui est célébré. Son comportement exté-rieur s'en trouve alors modifié, transformé.A sa façon le curé d'Ars interpellait parfois ses paroissiens. En voici un exemple : « que peut-on penser en voyant la manière dont la plupart des chrétiens se comportent dans nos églises ? Les uns ont l'esprit à leurs affaires temporelles, les autres à leur plaisir ; celui-là dort, et l'autre le temps lui dure ; l'on tourne la tête, l'on bâille, l'on se gratte, l'on feuillette son livre ; l'on regarde si les saints offices seront bientôt finis. »
Poursuivons notre marche en compagnie du saint curé d’Ars, en méditant maintenant sur le Pardon. Mais écoutons d’abord ce qu’il nous dit, toujours avec son langage très imagé.
« Si le pécheur s'égare davantage, ce tendre Père ne cesse de le poursuivre par sa grâce. Ce n'est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon, mais c'est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui. Son plus grand plaisir est de nous pardonner... Nos fautes sont des grains de sable à côté de la grande montagne des miséricordes de Dieu... Quelle grande bonté de Dieu : son bon cœur est un océan de miséricorde ; ainsi quelque grands pécheurs que nous puissions être, ne désespérons jamais de notre salut. Il est si facile de se sauver ! »Le pardon est la plus grande preuve d'amour et de confiance que nous puissions apporter à quelqu'un qui nous a fait du mal. Aimer, c'est aller jusqu'à pardonner. Rien n'est plus difficile que le pardon, car le pardon n'est pas oubli, il est reconnais-sance de la réalité vécue et renouvellement de l'autre par la confiance ré-exprimée. Par la réconciliation, le mal commis ne peut plus être rappelé au moindre problème, mais il est vécu comme le transfert dans le passé d'un événement qui n'aura plus d'incidence sur la relation actuelle et future avec l'autre. Le pardon donné est comme une résurrection vécue par celui qui le reçoit et qui permet un avenir commun réel.Pardonner, ce n'est pas dire : « Je te pardonne, on fait comme si rien ne s'était passé »; ce n'est pas non plus dire : « Je te pardonne mais la prochaine fois je sanctionne. » Vivre la réconciliation, c'est vivre une double démarche. Celui qui me blesse reconnaît que son acte a brisé notre relation, et moi-même je reconnais qu'il y a eu en moi une blessure, qui a entraîné une rupture de confiance. Se réconcilier avec l'autre, c'est lui manifester que ce qui nous lie est plus fort que le mal commis et que, par amour, il est pardonné. Le pardon est un acte de foi, d'espérance et de confiance extraordinaire en l'autre. C'est ce que Dieu vit avec nous chaque fois que nous allons recevoir le sacrement de l'Amour, le sacrement de la miséricorde infinie de Dieu pour chaque être humain.Dieu est comme ce père qui attend avec impatience le retour de son enfant prodigue et qui, dès qu'il le voit, court se jeter à son cou (cf. Luc 15, 11-32). Comme le dit le curé d'Ars, Dieu « court après le pécheur », non pas pour le punir et le condamner, mais parce qu'il l'aime et que c'est une déchirure pour lui que de voir son enfant s'éloigner du chemin de vie et suivre un chemin qui conduit à la mort.Dieu est Amour, et c'est devant tant d'amour donné, livré, que nous reconnaissons nos péchés. Devant tant d'amour, rien ne peut justifier tel ou tel péché. Aucun argument ne tient devant l'Amour pour minimiser notre responsabilité et nos manquements à l'amour. Car l'Amour de Dieu est un amour proche !Mais veillons à ne pas défigurer cet amour divin en nous disant : « De toute façon, Dieu pardonne. » Dieu n'agit pas ainsi. Si Dieu pardonne, c'est parce qu'il nous aime. Alors, soyons sincères dans nos demandes de pardon, et regrettons nos péchés. Et si nous retombons dans le péché, ne nous résignons pas pour autant, car le Seigneur nous sait et nous veut plus grands que notre péché.Dans la démarche du sacrement de réconciliation, il y a le temps de l'accusation de nos péchés. Ce n'est pas le plus important, puisque le plus important, c'est le pardon. Mais c'est sans doute le moment le plus difficile, car il nous faut reconnaître que nous sommes pécheurs. Le plus éprouvant étant pour certains de l'exprimer devant un prêtre. Alors écoutons le saint curé : « Je sais bien que l'accusation de vos fautes vous vaut un petit moment d'humiliation, Et même est-ce vraiment humiliant d'accuser vos péchés ? Le prêtre sait bien à peu près ce que vous pouvez avoir fait. Je suis bien plus coupable que vous : ne craignez pas de vous accuser... »Ayant dit, ayant confessé nos péchés, nous pouvons alors recevoir l’absolution. Le curé d’Ars dit que « le Bon Dieu au moment de l'absolution jette nos péchés par-derrière ses épaules, c'est-à-dire les anéantit. Ils ne reparaîtront plus jamais. Les péchés que nous cachons reparaîtront tous. Pour bien cacher ses péchés, il faut bien les confesser ».La parole d'absolution du prêtre ne vient pas de lui. C'est au nom du Seigneur qu'il pardonne, en raison de la mission que l'Église lui a confiée. Sachant que nous ne nous donnons pas à nous-mêmes le pardon, découvrons combien il est important d'entendre le prêtre nous dire la parole de vie. De même qu'il est vital d'exprimer ce qui nous entrave sur le chemin de Dieu, il est de même vital d'entendre le Seigneur nous dire sa miséricorde par le ministère du prêtre. Le curé d'Ars dit, en parlant au nom du Seigneur : « Je chargerai mes ministres d'annoncer aux hommes que Je suis toujours prêt à les recevoir, que ma miséricorde est infinie. »Car Dieu n'est pas un juge, mais un Père qui veut donner le bonheur à l'homme. Son pardon est source de paix, de vérité et de guérison intérieure. C'est chaque personne, dans son originalité propre, qui est aimée et pardonnée par Dieu. Dieu ne nous pardonne pas « en général », mais à chacun il veut manifester un amour unique, car chacun est connu personnellement par le Seigneur, chacun de nous est unique pour lui.Et s'il nous arrive d'entendre le curé d'Ars parler de l'enfer, ne croyons pas que ce soit là quelque chose de dépassé. « L'enfer prend sa source dans la bonté de Dieu », disait-il. Une parole qui exprime combien le Seigneur nous aime avec un respect infini. Car qu'est-ce que l'enfer sinon la possibilité laissée à l'homme créé libre et responsable de lui-même de refuser jusqu'au bout, en toute conscience et lucidité, l'Amour de Dieu. L'enfer, c'est le « lieu » du non-amour par excellence, « l'enfer, dit Jean-Marie Vianney, où il sera si dur d'être séparé de Dieu. »Dieu ne peut pas nous obliger à vivre avec lui pour toujours. L'Amour ne s'impose pas, il se propose. Jusqu'à prendre le risque d'être refusé.Je conclus ce chapitre en vous citant cet extrait de la prière du saint curé d’Ars : « Je vous aime, ô mon Dieu, et je n'appréhende l'enfer que parce qu'on n'y aura jamais la douce consolation de vous aimer. »

 
Vénération du cœur du saint Curé
 
3-  Homme social

Pour introduire ce troisième temps, je pense qu'il est important d'écouter le curé d'Ars nous parler de la Croix. Jésus nous dit que celui qui veut être son disciple doit prendre sa croix et renoncer à lui-même (Mc 8,34). Jean-Marie Vianney avait bien conscience de cela. Les croix, si je puis dire ainsi, ne lui ont pas été épargnées. Ne comprenez pas cela au sens où le Seigneur nous envoie des croix, mais au sens où, qu’on le veuille ou non, il y a sur notre route, dans notre vie quotidienne, dans nos actions d'évangélisation, il y a des épreuves, des contestations, des difficultés qui se présentent.Jésus dit dans l'Évangile que celui qui veut bâtir une maison doit commencer par s'asseoir pour savoir s'il a les moyens d'aller jusqu'au bout de son entreprise. Cela est vrai évidemment dans la vie chrétienne. Tout engagement implique une sorte de combat.Je vous cite quelques paroles de Jean-Marie Vianney à ce sujet : « Nous sommes si ennemis de tout ce qui nous contrarie que nous voudrions toujours être dans une boîte en coton. C'est par la souffrance (comprenez : par le renoncement à soi) que l'on va au Ciel. La Croix est l'échelle du ciel. »Il n'est pas question ici de masochisme, mais de réalité spirituelle. Personne n'est dispensé de vivre un jour une épreuve, une maladie, une souffrance, voire un rejet ou un abandon. Comment vivre cela ? Est-ce en se révoltant ou est-ce en se tournant vers Dieu pour vivre avec lui l’épreuve que nous traversons, quelle qu'elle soit ? Et ce n'est pas facile. Jean-Marie Vianney le dit lui-même en parlant de la maladie, je le cite : « il faut être parvenu à un certain degré de perfection pour supporter la maladie avec patience. » Autrement dit, grâce à la prière, grâce à la communion à Dieu, nous pouvons vivre autrement nos croix, en faire un tremplin vers le Ciel. Mais il faut du temps pour y arriver.Toujours avec son langage très imagé, Jean-Marie Vianney dit ceci : « la Croix est la clef qui ouvre la porte, la lampe qui éclaire le ciel et la terre, l'échelle du ciel. La Croix est le plus savant livre qu'on peut lire, ceux qui ne connaissent pas ce livre sont des ignorants. »Accueillir la Croix dans nos vies, s'est puiser en elle la force de dépasser nos faiblesses et par elle entrer dans la lumière de la vie. Le remède spirituel aux souffrances que nous portons ou aux contradictions que nous pouvons vivre ne se trouve pas dans les livres ou encore moins dans les distractions comme la télé ou Internet, mais dans l'union à Jésus. Mais c’est un combat, il faut le savoir.C'est dans cette union totale à Jésus crucifié et ressuscité que Jean-Marie Vianney a vécu son engagement social comme prêtre, comme curé de paroisse. Alors prenons trois exemples de cet engagement social du curé d'Ars.Les pauvres.Je vous lis ce que dit le curé d'Ars : « il y en a qui disent aux pauvres qui ont l'air d'avoir de la santé : ‘vous êtes bien paresseux, vous pourriez travailler, vous êtes jeunes, vous avez de bons bras !’ Vous ne savez pas si c'est le bon plaisir de Dieu que ce pauvre aille vous demander son pain. Vous vous exposez ainsi à murmurer contre la volonté de Dieu. Il y en a qui disent : ‘Oh, il en fait mauvais usage !’ Qu'il en fasse l'usage qu'il voudra ! Le pauvre sera jugé sur l'usage qu'il aura fait de votre aumône, et vous, vous serez jugés sur l'aumône elle-même que vous auriez pu faire et que vous n'avez pas faite. »Ces paroles sont toujours d'actualité. Si le curé d'Ars est attentif aux plus démunis, ce n'est pas seulement parce qu’enfant il a souvent vu ses parents accueillir à leur table des pauvres de passage, c'est aussi parce qu'il y a là un appel évangélique pressant. Notre amour pour Dieu se traduit par notre amour concret des frères. Dans l'Évangile de Saint Mathieu, Jésus dit : « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton offrande reste dans le secret, et Dieu, ton Père, voit ce que tu fais dans le secret. »Fidèle à la Bible et à la Tradition de l'Église, Jean-Marie Vianney fait un lien très fort entre le pauvre et Dieu. Dieu est toujours proche du petit, du pauvre, du faible, de l'opprimé. Car en chaque être humain, Dieu est présent. Et laisser un petit de côté, s'est laisser Dieu de côté. Le petit, c'est celui qui a plus particulièrement besoin de nous pour vivre.Dans la citation du curé d'Ars que je vous faisais il y a un instant, il y a un appel très fort à ne pas juger des raisons qui ont conduit des personnes à se retrouver dans une condition de précarité. Nous n'avons pas à juger, mais à aider. Et le curé d'Ars ajoute cette parole très surprenante : « Vous avez envie de prier le bon Dieu, de passer votre journée à l'église, mais en même temps vous songez qu'il serait bien utile de travailler pour des pauvres que vous connaissez et qui sont dans une grande nécessité. Eh bien cela est bien plus agréable à Dieu que si vous passiez votre journée au pied des saints tabernacles ! »[La Providence.]Un autre exemple d'engagement social du curé d'Ars, c'est l'accueil des petites filles d'Ars et des villages voisins dans une maison qu'il a lui-même acheté et qu'il a appelé « la Providence ». D'abord voulu comme une école gratuite, cette maison devient vite un orphelinat pour les filles abandonnées. Son souci de l'éducation des filles est une réelle forme d'amour et d'aide aux plus pauvres, car ce qui est visé ce n'est pas seulement l'assistance ponctuelle à quelques dizaines d’enfants, mais c’est l'avenir de la société. En accueillant et en éduquant des petites filles, le curé d'Ars sait qu'elles seront un jour des mamans qui auront elles-mêmes à élever et à éduquer humainement et spiri-tuellement leurs enfants. Le premier lieu de l'éducation à la vie se pratique au sein de la famille. Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. C'est donc par l'école et par le catéchisme que Jean-Marie Vianney forme les enfants et les jeunes à leurs futures responsabilités de parents.Pour accomplir cette mission auprès des petites filles, le curé d'Ars a fait appel à deux jeunes filles du village qui feront de la Providence une véritable maison pour les petites orphelines. Je reviendrai sur ce choix tout à l'heure.Sachez aussi que quelques années plus tard, le curé d'Ars soutiendra l'ouverture et le fonctionnement d'une école gratuite pour les garçons du village. Alors ne pensez pas que cela se soit réalisé sans difficultés, sans oppositions. Je l'évoquais en parlant de la Croix. A la fin de la vie du curé d'Ars, en 1859, il y avait encore six familles du village qui n'envoyaient pas leurs enfants à l'école, pourtant gratuite. « Les filles sont faites pour travailler aux champs, lui disait-on, pour faire la cuisine et pour faire des enfants ; et les garçons font bergers. L’école, ça passe après ! »[Travailler le dimanche.]Dernier exemple d'engagement social de curé d'Ars, c'est le travail du dimanche. En son temps, à la campagne, dans les fermes, il n'y avait pas de jour de repos. Les domestiques ou les bergers travaillaient le dimanche, de même que les femmes. Jean-Marie Vianney, qui visite régulièrement ses paroissiens, a œuvré pendant des années pour faire évoluer la situation. Il voit bien que les femmes et les domestiques sont écrasés de travail et ne peuvent pas pratiquer, aller régulièrement à la messe. Et même s'ils n'ont pas envie d'aller à l'église, il faut au moins qu'ils aient des conditions telles qu'ils puissent en avoir un jour la possibilité.Il va donc œuvrer pour que les hommes libèrent non seulement leurs femmes mais aussi leurs domestiques de leurs tâches dominicales. Pour cela, il va prêcher sur la sanctification du dimanche. « Le dimanche, dit-il, c'est le jour en l'honneur de Dieu. Si vous travaillez le dimanche, vous volez le bon Dieu ! » Petit à petit, une ferme après l'autre, les choses vont changer. Quelques fermiers volontaires vont écouter leur curé, leurs femmes s’organisent autrement pour la cuisine, elles passent moins de temps pour bien habiller leurs enfants avant de les envoyer à la messe, et du coup elles accompagnent elles-mêmes leurs enfants à l'église, revenant ainsi à une pratique régulière.De même, les domestiques bénéficient de la réorganisation du travail mise en place par le patron fermier. Même si eux ne vont pas à la messe, ils bénéficient d'un peu de repos et peuvent mieux s'occuper d'eux-mêmes et de leur propre famille. « Vous ne serez pas plus pauvres à la fin de l'année » avait dit le saint curé aux fermiers qui ont répondu à son appel.Du coup, à Ars, la vie change. Ça se sait dans les villages voisins, ce qui provoque le mécontentement des propriétaires terriens, parce que leurs domestiques réclament d'avoir les mêmes conditions qu'à Ars ! « De quoi se mêle-t-il ce curé, qu'il reste dans sa cure au lieu de faire du social ! »En 1830, pendant la Révolution, huit propriétaires décident de tout faire pour chasser le curé d'Ars. Ils font une pétition qu'ils envoient à l'évêché ; une fille du village d'Ars qui avait eu un enfant hors mariage est soudoyée : elle ira à la cure et criera sous la fenêtre de la chambre de Jean-Marie Vianney : « c'est ton gosse ! ». On ira jusqu'à mettre des excréments devant la porte de la cure.Le curé d'Ars a pourtant voulu aimer tout le monde sans exception ; y compris les gens du village qui lui en voulaient et dont, en tant que curé, il avait la charge pastorale. Il dira à ce moment-là : « ce n'est pas l'austérité qui m'épuise. La calomnie est autrement plus douloureuse. » C'est devant le Saint-Sacrement qu'il trouve la force de tenir et de réagir de manière évangélique. Il dira : « j'ai redoublé de politesse et de prévenance envers eux, j'ai fait des aumônes plus abondantes à ceux que j'avais l'habitude de secourir. » Et quand on lui parle d'untel ou untel qui le critique, il répond : « il a bien dit du mal de moi, et moi j'ai bien prié le bon Dieu pour lui. Je me devais de prendre soin de lui. »

 
4-  La place des laïcs

Je voudrais terminer avec vous cet entretien, cette marche avec le curé d'Ars en évoquant la place des laïcs, et en particulier de la femme dans le ministère de saint Jean-Marie Vianney.
Ce n'est pas habituel d'évoquer un tel sujet lorsque l'on parle du curé d'Ars, pourtant c'est une réalité incontournable. C'est grâce à la collaboration et la mise en responsa-bilité de nombreux laïcs que Jean-Marie Vianney a pu être le saint que l'on connaît, le bon pasteur du Seigneur auprès des milliers de gens qui sont allés vers lui au fil de ses 41 ans de ministère paroissial.Pour évoquer cette place des laïcs, et en particulier de la femme, il est bon je crois de commencer par voir comment Jean-Marie Vianney à vécu dans son enfance une certaine proximité et même une affection féminine.Souvenons-nous de ce qu'il disait de la Vierge Marie : « Je l'ai aimée avant même de la connaître. C'est ma plus vieille affection. » Cette affection envers la Vierge, qu'il doit à sa propre mère, est à la base de tout. Il parle d'elle comme de quelqu'un qu’il connaît bien, il la présente surtout comme quelqu'un qui est très proche de la Trinité. Écoutons ce qu'il dit : « Le Père se plaît à regarder la Sainte Vierge comme le chef-d'œuvre de ses mains. Le cœur de cette bonne mère n'est qu'amour et miséricorde. Elle ne désire que de nous voir heureux. Il suffit seulement de se tourner vers elle pour être exaucé. Plus nous sommes pécheurs et plus elle a de tendresse et de compassion pour nous. On n'entre pas dans une maison sans parler au portier. Eh bien ! La Sainte Vierge est la portière du ciel. »Ou encore ceci : « Lorsque nos mains ont touché des aromates, elles embaument tout ce qu'elles touchent. Faisons passer nos prières par les mains de la Sainte Vierge, elle les embaumera ! »Marie est la toute pure, la « comblée de grâce », selon la parole de l'ange au jour de l'annonciation (Lc 1, 28). En elle il n’y a aucune trace du péché, et cela par pure grâce du Seigneur. Au tout premier instant de sa conception, Marie est déjà investie de la plénitude de l'Esprit Saint. Cela ne signifie pas une « mise à part » de la Vierge au milieu d'un monde pécheur, mais plutôt une préparation de la maternité qui lui sera un jour proposée.Ce regard que le curé d'Ars porte sur Marie l'a conduit à voir en chaque personne et en particulier en chaque femme la grandeur et la dignité de la vocation humaine. Une grandeur et une dignité souvent bien négligée. De fait, dès son arrivée à Ars, Jean-Marie Vianney avait perçu les mauvaises conditions dans lesquelles on y éduquait les garçons et les filles. Il voulut y remédier en commençant par former des mamans, à l’image de ce qu’il avait reçu de la sienne. C’est pourquoi il disait souvent : « La vertu passe si bien du cœur des mamans au cœur des enfants ». Mais, après avoir bien prié et discerné, il décide d’ouvrir une maison pour accueillir les jeunes filles d’Ars et leur offrir une formation aussi bien pratique qu’humaine et spirituelle.Nous sommes à la fin de 1822 ou au début de 1823. Jean-Marie Vianney est curé d'Ars depuis cinq ans. Il connaît bien ses paroissiens, et s'en va un jour chez les Lassagne. Il trouve la maîtresse de maison et lui dit : « Mère Lassagne, il faut me donner Catherine, je la ferai un peu instruire, et elle apprendra aux autres ce qu'elle saura ! » Catherine, accompagnée d’une autre jeune fille d’Ars, Benoîte Lardet, partit donc “se former“ pendant une année chez des religieuses à quelques kilomètres d’Ars. À l’automne 1824, la Maison de Providence ouvrit ; ce fut d’abord une école pour jeunes filles, puis très vite elle devint un orphelinat, qui accueillit jusqu’à quatre-vingts enfants. Catherine allait en devenir la “directrice”, mais surtout l’âme pendant de nombreuses années. Elle était à la fois la maman des jeunes filles accueillies, la maîtresse qui enseignait, celle à qui l’on pouvait tout dire, qui avait un œil et un cœur bienveillants sur tout et sur tous, et qui travaillait toujours en pleine communion avec son curé. J’évoque cela parce que pour moi le curé d’Ars a eu cette très belle intuition que la meilleure évangélisation des petites filles de la région se ferait par des filles du pays et non par des religieuses comme c‘était le cas un peu partout. Ce sera bien plus tard l'intuition de l'Action Catholique.Nous savons que tout ne fut pas facile à gérer, mais l'éducation et le catéchisme étaient donnés. Jean-Marie Vianney dira plus tard : « On reprochait bien des choses à ma Providence. Les enfants, disait-on, étaient mal tenus, et pourtant Dieu faisait en sa faveur des miracles et rien n'y a jamais manqué. » Ce qui est vrai !En accueillant les filles, et plus tard en soutenant l'ouverture et le fonctionnement d'une école gratuite pour les garçons qu’il financera un temps de ses propres deniers, le curé d'Ars agit à long terme. Il sait que les enfants seront un jour des mères et des pères de famille, qui auront à élever et éduquer humainement et spirituellement leurs enfants. Car le premier lieu de l'éducation à la vie se pratique au sein de la famille. Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. C'est donc par l'école et le catéchisme que Jean-Marie Vianney forme les enfants et les jeunes à leurs futures responsabilités de parents.Le curé d'Ars n'a rien négligé pour annoncer la Bonne Nouvelle. Il n'a pas hésité à s’impliquer, à mettre très concrètement la main à la pâte et aussi au porte-monnaie. Par son ministère, le saint curé nous apprend aujourd'hui à vivre proches des gens, comme le fit Jésus. Car en Jésus-Christ, Dieu s'est incarné, il s’est fait proche de nous. La vie des hommes compte pour Dieu, car par elle Dieu parle aux hommes. C'est pourquoi notre vie chrétienne est capable d'être comme une parole de Dieu pour l'homme aujourd'hui, si bien sûr nous nourrissons notre vie à l'Amour de Dieu et que cet amour reçu devienne visible dans l’amour de nos frères.Le Concile Vatican II a beaucoup développé la place des laïcs dans l'Église, ainsi que leurs relations avec les prêtres.  Il est dit entre autre ceci (dans « Presbyterorum ordinis » au n° 9), qui correspond tout à fait à ce qu’a été le ministère du saint curé d’Ars : « Eprouvant les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu [les prêtres] découvriront et discerneront dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus élevées, ils les recon-naîtront avec joie et les développeront avec ardeur. Parmi ces dons qu'on trouve en abondance chez les chrétiens, l'attrait d'un bon nombre pour une vie spirituelle plus profonde mérite une attention spéciale. Il faut également avoir assez de confiance dans les laïcs pour leur remettre des charges au service de l'Eglise, leur laissant la liberté et la marge d'action, bien plus, en les invitant, quand l'occasion se présente, à prendre d'eux-mêmes des initiatives. Bref, les prêtres sont placés au milieu des laïcs pour les conduire tous à l'unité dans l'amour. » (« Presbyterorum ordinis » n° 9).Chers amis, vivre en Église, c'est regarder ensemble dans la même direction, celle du Christ qui nous conduit à Dieu, son Père et notre Père. Saint Jean-Marie Vianney, patron de tous les prêtres du monde, nous montre que cela est possible. Son cœur tout donné à Dieu et aux hommes nous invite à nous laisser saisir par l'amour, afin que notre vie et notre cœur soient un foyer d'amour et de lumière au cœur de ce monde.Je vous remercie.

 
 

Traditions et nouvelle contemporanéité

Livre de Yohann travetUn livre à lire pour découvrir et comprendre la cathédrale. Une visite historique et culturelle de Notre Dame de la Treille.

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Notre Dame de la Treille : du rêve à la réalité

écrit par Frédéric Vienne
date : 2002 - Lille, éd. Yris, 2002, 312 pp. - 20 euros

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